Pourquoi cette méthode
J'aimerais partager ici la méthode que j'ai mise au point pour réaliser mes bracketings de mise au point à main levée, ou même au trépied.
J'utilisais déjà ce principe à l'époque de mon Canon EOS 7D Mark II — c'était laborieux — et c'est devenu bien plus simple depuis mon passage au Canon EOS R5. Le but : pouvoir faire du focus stacking sans être obligé d'avoir un trépied, un rail à palier micrométrique, ou les fonctions de bracketing de mise au point intégrées au boîtier. Bref, du bracketing de mise au point low-cost.
Le principe : l'aller-retour
La méthode consiste à prendre une série de photos manuellement, en « aller-retour », en faisant varier le plus légèrement possible la mise au point entre chaque déclenchement.
On part d'un point A, qui sera le point de départ du futur stacking, jusqu'à un point B, qui en sera la fin. On refait ensuite les prises du point B au point A. Le but est de pallier les éventuels mouvements (du sujet ou du photographe) et d'obtenir une série complète pour le post-traitement, même si une partie des clichés est inexploitable.



Pour faire varier la mise au point, deux approches sont possibles : tourner la bague de mise au point, ou se balancer légèrement d'avant en arrière avec l'appareil. Tourner la bague reste plus précis et plus simple à maîtriser, mais elle a un défaut en macro : elle modifie aussi légèrement le grandissement (le cadrage) d'un cliché à l'autre, un phénomène connu sous le nom de « focus breathing ». Bouger le corps évite ce problème puisque la distance de mise au point de l'objectif ne change pas, mais c'est aussi moins précis et demande plus d'entraînement pour garder une amplitude de déplacement régulière entre chaque cliché. À vous de trouver l'équilibre qui vous convient.
Combien de clichés prendre ?
Le nombre de clichés dépend entièrement de la zone que l'on souhaite voir nette une fois les prises assemblées.
Pour un sujet sur un plan parallèle au vôtre, une dizaine de clichés suffit généralement. En revanche, pour un sujet pris en biais — un scorpion, par exemple — il faut compter entre 50 et 100 clichés pour qu'il soit entièrement net.


Les limites de la méthode
Ce n'est pas une méthode parfaite : elle ne garantit pas un résultat propre à 100 %, et elle est généralement synonyme de retouches manuelles lors de l'assemblage en logiciel — même si les fonctions d'assemblage automatique intégrées aux logiciels de stacking restent elles-mêmes sujettes à erreur.
L'objectif est de maximiser les chances d'obtenir un bon résultat, en compensant certains facteurs et défauts inhérents à la prise de vue :
- Les mouvements du photographe
- Le vent
Elle demande du temps et une bonne concentration : il faut être vif pour pallier les deux principaux problèmes rencontrés sur le terrain :
- Un sujet qui ne reste pas en place
- Un sujet qui respire (mouvement du thorax, par exemple)
Il faut aussi anticiper le tri : avec la méthode aller-retour, une bonne partie de la série — souvent la moitié — sera écartée au moment du post-traitement. C'est normal, ce n'est pas un signe d'échec.
Les réglages à verrouiller avant de commencer
Tout doit être figé, entièrement manuel :
- Mode M, ISO compris : les paramètres ne doivent pas varier entre les prises, donc mode manuel avec ISO manuel également.
- Flash en mode M, avec un temps de recharge respecté entre chaque cliché : la puissance du flash doit rester identique d'un cliché à l'autre, et à puissance élevée le flash a besoin de temps pour recharger complètement — sauter cette étape produit des clichés sous-exposés dans la série. Avec un diffuseur, le mode TTL n'a de toute façon aucun sens.
- Balance des blancs manuelle : là encore, pour éviter tout changement entre les clichés — à vous de connaître la valeur qui vous convient.
- Autofocus manuel ou en back-focus : le déclencheur ne doit surtout pas être lié au focus, au risque de modifier la mise au point entre les prises.
Le triangle d'exposition
Les paramètres sont à adapter selon la scène, mais quelques repères reviennent systématiquement :
- Vitesse : réglée sur la vitesse de synchronisation flash maximale de votre boîtier (1/200s ou 1/250s selon les modèles).
- ISO : pas au plus bas, mais une valeur entre 200 et 320, qui reste correcte sans générer trop de bruit.
- Ouverture : l'enjeu ici est de maximiser le piqué — donc ni l'ouverture maximale (rarement la plus piquée), ni une ouverture trop fermée (qui fait perdre du piqué à la diffraction). Il faut aussi arbitrer avec la douceur du bokeh recherchée. Selon les objectifs, on se situe généralement entre f/4 et f/8.
Ne reste plus qu'à trouver — et tester — la bonne puissance de flash avant de lancer la série.
En résumé
Le bracketing manuel est une méthode exigeante mais accessible : pas de trépied, pas de rail micrométrique, pas de fonction de bracketing dédiée — juste une prise de vue entièrement manuelle, en aller-retour, et de la concentration. Elle ne remplace pas un système automatisé pour la précision, mais elle permet de démarrer le focus stacking sur le terrain avec le matériel qu'on a déjà.
Je détaillerai dans un prochain article ma méthode de post-traitement et d'empilement pour assembler ces séries de clichés.
